Kim - Accoucher sans savoir que l'on peut décider

« En juillet 2020, nous sommes en plein Covid. Le jour du terme (je n’étais d’ailleurs pas vraiment d’accord avec cette date), je me rends à la maternité pour un contrôle, mais rien ne présage l’arrivée de bébé.

Je rentre alors à la maison et, dans l’après-midi, je sens que mon corps commence à travailler. Vers 21 h, je sens comme des douleurs de règles. Je me rends bien compte que ce sont des contractions qui commencent d’ailleurs à être douloureuses. Elles ne sont pas tout à fait régulières : toutes les 3 min, les 5 min, les 6 min, puis 3 min…

À minuit, je me rends à la maternité. On m’ausculte rapidement, mon col n’est pas encore dilaté, alors on me conseille de rentrer à la maison dans la foulée, vu que je n’habite pas trop loin, même si j’aurais préféré rester à la maternité. Il est 1 h, je rentre donc chez moi.

Les contractions continuent de s’intensifier et de devenir de plus en plus fréquentes tout au long de la nuit. À 9 h le lendemain matin, je ne tiens plus, j’ai vraiment trop mal et je décide de retourner à la maternité. Lorsque j’arrive, je suis à 5 cm de dilatation. On me propose donc de passer en salle de naissance où l’on me pose la péridurale, comme je le souhaitais.

Directement, on me rompt la poche des eaux. Le reste du travail se fait tranquillement. C’est très long, mais je suis soulagée, je n’ai plus de douleurs. Vers 22 h, la sage-femme m’ausculte et constate que je suis à dilatation complète. Elle me dit alors que nous allons nous installer pour la poussée.

Je ne sens rien du tout, même pas mes jambes, alors je suis ses directives. Je pousse laborieusement, mais bébé ne semble pas descendre suffisamment. Je me sens bien, je ne suis pas forcément fatiguée par les poussées, mais les sages-femmes me laissent entendre que cela ne peut pas continuer ainsi, qu’il va falloir demander l’aide du gynécologue ou alors que cela finira en césarienne.

Je suis un peu déçue, je n’ai pas du tout envie d’une césarienne. Lorsque le gynécologue arrive, il propose d’utiliser les forceps. Je pousse alors comme une folle pour accompagner les instruments, car je veux à tout prix éviter la césarienne, et finalement bébé finit par sortir vers 23 h en me déchirant un peu malgré tout.

Je n’ai pas ressenti de douleurs. Par contre, j’ai détesté la sensation de vide que m’ont laissée les forceps. À ce moment-là, je ne me sentais plus femme au travers des yeux de ce gynécologue qui n’avait qu’une obsession : faire sortir ce bébé de mon corps, comme faire sortir un objet de sa boîte.

Cette sensation m’a hantée jusqu’à la sortie de la maternité et j’ai eu du mal à en parler pendant quelque temps.

Malgré tout, je garde un bon souvenir de mon accouchement, j’ai l’impression qu’il s’est plutôt bien passé. »

"Je ne me sentais plus femme au travers des yeux de ce gynécologue qui n’avait qu’une obsession : faire sortir ce bébé de mon corps."

Avais-tu des attentes et appréhensions avant la naissance ?
J’avais très peur avant mon accouchement. Peur de la douleur, peur de la césarienne. C’est dommage que les anciennes générations, comme nos mères et nos grands-mères, aient laissé une sensation de tabou autour de l’accouchement. C’est bien de pouvoir partager ses récits d’accouchement pour dédramatiser l’image commune de la naissance.

As-tu fais une préparation à l’accouchement ?
J’avais fait une préparation classique auprès de ma sage-femme, mais en plein Covid, les cours étaient très synthétisés. Je n’ai pas eu autant de détails et d’outils que je peux en avoir actuellement pendant cette nouvelle grossesse.

Si c’était à refaire, que changerais-tu ?
J’ai tellement été surprise par l’intensité des contractions que, si c’était à refaire, je pense que je me préparerais davantage et j’apprendrais des méthodes pour gérer mes contractions différemment et ne pas les subir. Je n’ai rien à perdre à essayer.

Quels conseils donnerais-tu aux futures mamans ?
De ne pas se stresser sans savoir. Ne pas hésiter à s’informer pour casser les croyances et surtout à vous préparer en testant différentes choses pour vous aider à gérer les contractions, car moi, je n’avais pas d’outils. Je me suis mise en boule sur mon lit et c’était l’enfer.

Mon avis en tant qu’accompagnante à la naissance :
Je suis assez triste de savoir que Kim a pu se sentir déshumanisée lors de son accouchement. Son récit illustre une expérience partagée par de nombreuses femmes, qui peuvent parfois se retrouver en position passive, sans savoir qu’elles ont la possibilité d’exprimer leurs préférences ou de participer activement aux décisions liées à leur accouchement. Kim m’a confié qu’elle ignorait qu’elle pouvait poser des questions, demander des explications ou même s’opposer à certaines pratiques, et cette méconnaissance reflète une idée encore trop répandue : que l’on doit entièrement se remettre entre les mains de l’équipe soignante en arrivant à la maternité.

C’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé pour elle, notamment lorsque la rupture artificielle de la poche des eaux a été réalisée sans qu’on lui demande son avis ni qu’on lui explique les raisons. Chaque intervention médicale peut avoir un impact, et il est important que les femmes soient informées et impliquées dans ces choix, afin qu’elles puissent se sentir véritablement actrices de leur accouchement.

Ce qui me semble être un aspect très positif dans son récit, cependant, c’est qu’elle ai été renvoyée chez elle pendant la phase de latence. Cela lui a sans doute permis de vivre cette période dans un environnement familier et apaisant, contribuant à un travail efficace et rapide pour un premier bébé.

L’utilisation de forceps et la déchirure ne sont pas des étapes inévitables, et cela dit, même si Kim garde un bon souvenir de cet événement ce qui est une très bonne chose, cela montre combien l’accouchement est souvent perçu dans notre société de façon négative, ce qui influence la façon dont les femmes vivent et racontent cette expérience pourtant si unique et puissante.

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