Mélane - L'animal en moi
« Pour mon premier bébé, le travail a commencé la veille de mon terme, vers minuit. J’ai commencé à ressentir quelques contractions, environ toutes les heures. Au matin, comme à mon habitude, je suis allée marcher quelques kilomètres. Au fil de la journée, les contractions se sont intensifiées progressivement en intensité et en fréquence, et c’est vers 20 h qu’elles sont devenues difficiles à supporter. J’ai continué sur ma lancée en faisant des exercices dans mon salon, tout en restant dans ma bulle, jusqu’à environ 4 h du matin, moment où nous sommes partis à la maternité.
Le trajet de 25 minutes en voiture a été très difficile, avec des contractions toutes les 2 minutes. J’étais au bout de mes capacités, je vomissais de fatigue et de douleur. En arrivant à la maternité, la sage-femme m’a examinée : j’étais dilatée à 7 cm. Sur le moment, je n’étais plus vraiment moi-même, je ne m’en suis pas rendu compte, mais j’ai vu dans les yeux de la sage-femme que j’avais fait un super travail !
Les contractions reprenant, elle m’a installé le monitoring, mais je ne le supportais pas. J’étais comme un animal : je voulais tout arracher, je me levais pour vomir dans l’évier tant c’était intense. J’ai demandé la péridurale, mais il n’y avait pas de salle de naissance disponible, et l’anesthésiste était lui aussi occupé.
Je suis restée 3 heures dans cet état, et à 7 h, on m’a enfin transférée en salle de naissance pour poser la péridurale, alors que mon col était dilaté à 8 cm. J’aurais pu continuer comme ça, mais j’avais besoin de répit : je voulais seulement me reposer, n’ayant pas dormi depuis presque 48 heures.
La pose de la péridurale a été compliquée : j’avais des contractions environ toutes les 40 secondes, je ne devais pas bouger, mais je ne maîtrisais plus rien. L’anesthésiste m’a alors dit que si la pose échouait, il ne tenterait pas de la poser à nouveau. J’ai commencé à stresser, mais heureusement, il y est parvenu.
Quinze minutes plus tard, j’étais enfin soulagée. Je sentais tout de même les contractions, mais sans la douleur. Je pouvais enfin me reposer.
Deux heures plus tard, on m’a examinée, mais rien n’avait avancé depuis la pose de la péridurale : les contractions avaient ralenti et le travail s’était presque arrêté. À 14 h, on m’a injecté de l’ocytocine de synthèse pour relancer le travail, et cela a fonctionné. Ma poche des eaux s’est rompue, et nous nous sommes installés pour pousser.
L’équipe précédente, débordée, avait oublié de vider ma vessie, qui était énorme. La sage-femme ne l’a pas complètement vidée pour ne pas l’abîmer. Effectivement, plusieurs jours après l’accouchement, mes sensations concernant mes envies d’uriner ont mis du temps à revenir.
Le début de la poussée n’était pas très efficace. On m’a de nouveau expliqué comment faire, et j’ai senti la différence. Comme je n’avais pas souhaité remettre une dose d’anesthésiant, j’ai absolument tout senti, même le cercle de feu. À ce moment-là, je me suis dit que je n’y arriverais jamais, que j’allais mourir (coucou la phase de désespérance).
Ma fille a montré le bout de son nez à 16 h 15. Lorsque sa tête est sortie, je l’ai ensuite sortie moi-même et posée sur moi. Le plus beau souvenir de toute ma vie : pouvoir sortir soi-même son enfant.
Elle nous a fait une petite frayeur : elle ne s’est pas mise en route tout de suite. Au bout de quelques secondes, la sage-femme a pris ma fille et, dans la précipitation, a demandé à mon conjoint de couper le cordon, alors que je souhaitais attendre qu’il ait cessé de battre. Elle l’a emmenée sur la paillasse à côté pour aspirer ses poumons, puis est sortie en courant avec elle pour l’aider à activer son système respiratoire.
Mon mari les a suivies, et je suis restée avec l’obstétricien pendant une vingtaine de minutes, dans le stress et l’incompréhension, pendant qu’il s’occupait de la délivrance du placenta. Mon mari et ma fille m’ont finalement rejointe, pour mon plus grand soulagement.
Ce petit incident me confirme que je n’aurais jamais pu accoucher à domicile, car cela aurait pu lui être fatal.
Globalement, je suis ravie de mon accouchement, qui s’est bien passé. Ce fut une superbe expérience pour une première naissance. Je n’ai pas eu d’épisiotomie ni besoin d’instruments. J’ai eu seulement quelques petits points que je n’ai pas vraiment sentis, car le gynécologue m’a injecté un anesthésiant local. »
"Le plus beau souvenir de toute ma vie : pouvoir sortir moi-même mon enfant."
Avais-tu des attentes et appréhensions avant la naissance ?
Je n’avais pas particulièrement d’appréhensions. En ce qui concerne mes attentes, je souhaitais bénéficier d’une péridurale, mais peu dosée, afin de rester maîtresse de mes sensations. Je souhaitais également une ambiance propice au déroulement naturel de la naissance, avec une lumière tamisée, un peu de musique et un clampage tardif du cordon.
As-tu fais une préparation à l’accouchement ?
J’ai suivi une préparation classique, mais je me suis également beaucoup informée en parallèle sur l’accouchement et le fonctionnement de la physiologie. Cela m’a confortée dans l’idée que le corps est naturellement conçu pour enfanter et qu’il sait comment faire.
Si c’était à refaire, que changerais-tu ?
Si c’était à refaire, je tenterais peut-être de le vivre sans péridurale. Cela dit, pour une première naissance, ce n’était pas forcément ce que je souhaitais. En tout cas, pour mon second accouchement, j’ai décidé de tenter l’expérience sans péridurale.
Quels conseils donnerais-tu aux futures mamans ?
Mon conseil serait : le savoir, c’est le pouvoir. Plus on s’informe, plus on se sent armée et en confiance face aux capacités de son corps. Bien sûr, cela n’exclut pas la possibilité de complications, mais au moins, on comprend ce qui se passe et on est en mesure de mieux appréhender le processus.
Je conseille également de se permettre de lâcher prise en post-partum. C’est une période intense qui, avec le recul, passe vite. Si les tâches quotidiennes ne sont pas parfaites pendant quelques semaines, ce n’est vraiment pas grave. Prenez le temps de vous adapter et de vous recentrer sur l’essentiel.
Mon avis en tant qu’accompagnante à la naissance :
Le récit de Mélane est magnifique, surtout pour un premier accouchement. Elle a fait preuve d’une grande endurance et a su écouter son corps pour répondre à ses besoins à chaque étape. Comme elle, je vous encourage vivement à vous informer autant que possible sur la naissance. Si vous envisagez un accouchement sans péridurale, il peut être très utile d’enrichir vos connaissances avec des techniques complémentaires afin de disposer d’outils efficaces pour gérer les contractions et vous accompagner tout au long du processus.
